Isa Barbier


Isa Barbier



Un rapport autre à l’œuvre



Une installation de plumes est un objet insaisissable, même par la photographie, qui n’a qu’un rôle de mémoire toujours défaillante, partielle, partiale.

Ces sculptures d’air n’ont qu’une apparente fragilité.

Un lieu propice à l’écart des tumultes, des soins simples et patients peuvent leur donner le temps de vie qu’on veut bien leur concéder.
Les fils peuvent être démêlés, les cires vérifiées entre deux doigts, les plumes peuvent être remplacées ou lavées.
Toutes ces attentions sont un plaisir, aussi une contrainte. Pour la faire cesser, on peut défaire l’œuvre.

Le grand volume se réduira alors en une poignée de plumes à déposer dans une « Boîte - Urne ».
Plus tard, l’œuvre pourra être interprétée une nouvelle fois, au même endroit, en utilisant la « Partition* » et les plumes mises en attente.

L’œuvre est entre disparition et continuité.
Sa vie dépend de nos gestes.

Il faut oser la toucher, avec délicatesse, patience, souplesse pour la maintenir en vie mais aussi accepter la fin de l’œuvre, un jour que l’on décidera ou un jour accident.
Et trouver dans cette fin la beauté, la liberté. Un nouvel espace. Être devant cette vie suspendue, si vulnérable, et par là si précieuse, comme devant notre vie.

Isa Barbier

* Partition : comme en musique, elle contient les indications nécessaires pour rejouer l’œuvre